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Revue – Formes Noires

Juil 12th, 2015

Carole Pfund

Philippe Racine : Présences.

Philippe Racine flirte avec le noir,couleur entre ses mains qui a toute sa luminosité et les corps, sa passion. Ses peintures recèlent harmonie,douceur,sensualité,simplicité,poésie et évidence…pourtant une première lecture n’y suffit pas.

Les couches superposées de vernis et de noirs créent un choc visuel et captivent l’observateur: Ivresse des profondeurs ? Profondeurs de l’âme profondeurs de ces émotions ressenties face à ces présences qui emplissent l’espace et nous rendent vivant.

La subtilité des contrastes,les lignes effleurées,les formes épurées nous conduisent de façon brusque à forcer notre imaginaire et prendre ainsi un contact direct et attachant avec les personnages. Au premier regard la force brute et l’efficacité de l’image fait peu à peu place à toutes sortes d’interactions, le spectateur pénètre et se laisse pénétrer par les vibrations et les émotions, effet d’une reconnaissance? Le face à face suscite la réaction et crée une vrai présence…Cette présence nous rassasie, on est plus seul.

Philippe Racine lâche tout académisme pouvant nuire à l’instant magique,il devient le peintre de cet instant unique ou captant et attrapant une attitude,l’essence d’un caractère fugitif il nous donne à voir une peinture touchante, troublante.
Philippe Racine, peintre du portrait d’attitude?

Carole Pfund.

Francis Traunig

Philippe Racine.

Philippe Racine peint pour recouvrir l’orgueil du créateur. Cette modestie est déniée par le besoin d’exposer, par la rigueur qu’il attache à l’encadrement et par ce Moi-Je qu’oblitère la signature de l’artiste au bas du tableau.

Obsédé par la révélation de l’inattendu, le peintre s’efface sans disparaître,  offre aux coulures tous les champs du possible tout en les guidant, se montre nu, mais caché derrière la toile ; pris au piège de ses/ces contradictions, entre vanité et humilité, il ne trouve pas les mots pour se sauver : ce sont les traces de cet égarement qu’on voit sur la toile.

De là naît le mouvement – genèse de tout acte créateur – ce miracle qui nous précède et nous excède et fait tendre vers plus grand que soi. Le combustible de ce mouvement est un compost de rencontres, d’influences et d’émerveillements sur lequel fleurit l’espéré besoin de partager.

Aimez-moi comme j’aime.

C’est ce que nous murmurent les coulures de Philippe.

Leyla Tatzber

Philippe Racine : La dimension est au delà..

La toile: Promesse d’élévation?

-Mais alors,où se trouve de la peinture ,la substance ,sa chair?
-Justement dans la réflexion même du spectateur pris à témoin de sa propre infinitude.

Si la peinture de Racine n’est pas facile à dépicter, c’est qu’elle s’adresse l’esprit qu’elle habite et à laquelle elle s’adresse par l’intérieur du mouvement et sa texture. Décrire , dé-peindre,cela demande une organisation de la pensée .Cette peinture-là la dépasse, l’efface en nous plaçant au delà de l’observation.

La forme?

Au delà d’un corps,dans sa no finitude il y a le mystère qu’il n’esquisse pas, bien au contraire..il ne dit que cela.
Dans la verticalité,la substance humaine n’apparaît que dans sa forme vague et sobre ,précise: elle « est » dans la superposition que suggèrent les couches superposées de matières indéfinissables.

L’esprit a dépassé la toile,le cadre seul délimite ce que l’oeil perçoit . C’est le vecteur de la vie qui traverse le corps.
D’où émane donc cette corporalité,pour ne pas dire cette incarnation?

l’autre côté du mystère, l’origine du monde ,il nous la flanque, nous l’inflige dans la seulesuggestion possible.

l’émotion est là, de ce que Racine ne représente pas et qui est pourtant au coeur de son art ou de l’art tout court.

Leyla Tatzber

Nicole Kunz

Philippe Racine.

Nicole KunzLes corps peints par Philippe Racine sont des silhouettes noires, opaques, parfois fragmentaires, qui se détachent d’un fond clair et neutre. Par leur côté réaliste, ces formes sont reconnaissables au premier coup d’œil, malgré l’absence de détails autres que le contour général. Les proportions anatomiques sont en effet gardées, même si parfois l’artiste se permet de recadrer son sujet en laissant hors cadre la tête ou les pieds, comme s’il craignait d’être emprisonné par un académisme trop apparent.
Le plus souvent solitaires, ces corps sont masculins, ou bien s’unissent à une autre silhouette féminine, en fusionnant. Privées de visages, car ceux-ci sont noyés dans la masse noire, ces formes humaines ne sont pourtant pas dépourvues de sentiments. En effet, par le simple langage corporel donné par leur position dans l’espace, on peut reconnaître des attitudes de repliement, d’attente, d’enfermement en soi ou ailleurs, de communion avec l’autre. C’est sans doute le choix de la couleur sombre, proche du noir, mais déclinée avec d’infinies nuances, qui permet au regard de s’enfoncer dans le profond de ces corps et de vouloir en décrypter les émotions. L’opacité n’est effectivement
qu’apparente, puisque lorsqu’on s’approche, on discerne des bruns, des bleus, des gris qui se fondent les uns dans les autres, ouvrant une sorte de gouffre rendu encore plus évident par la teinte claire qui scelle les silhouettes dans du vide. Par cette opposition entre l’opacité du fond et les transparences des corps, ces derniers deviennent l’espace, la profondeur, tandis que le gris environnant bloque toute forme de perspective.
Les émotions transcrites par les positions des corps s’inscrivent ainsi dans les noirs comme sur une tabula rasa que chacun ensuite doit interpréter à sa façon, selon sa propre perception. L’artiste nous donne carte blanche pour poursuivre son histoire, la fondre dans celle du spectateur en lui passant le relais.